Noel Gallagher’s High Flying Birds – Chasing Yesterday

2 mars 2015

Et s’il nous faisait son Bowie ?

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Ça avait mal commencé cette histoire… Un premier single In The Heat Of The Moment à la limite de la vulgarité (limite que d’aucuns qualifieraient d’allègrement franchie avec ses nanananana, ses bruits de cloches et ce refrain qui pourrait faire une parfaite illustration sonore de pub pour une berline puissante…), qu’avec le temps on avait appris à quand même apprécier. Parce que finalement c’est quand même diablement bien foutu et accrocheur nan ? Ou alors parce qu’on a perdu toute forme d’objectivité depuis 1997, parce que c’est juste lui, parce que c’est, qu’on le veuille ou non, le dernier grand songwritter, celui qui a écrit « la bande originale de notre vie » ?

 

L’heure était grave… Le père Noel aurait-il perdu avec le temps sa magie, son sens inné de la mélodie aussi délicate que fédératrice ? Pourtant, malgré quelques petites lourdeurs (oui, on peut le dire maintenant, If I Had A Gun, même si la mélodie est sublime, sa production n’était pas un modèle de légèreté, et la chorale de Record Machine, était-ce vraiment nécessaire, et surtout autant ?), le premier opus était quand même vachement bien. Noel nous donnait une came de belle qualité : une bonne dose de pures mélodies classieuses, avec sa méthadone de faces b et titres inédits de haute volée (Alone On The Rope et A Simple Game Of Genius entre autres) nous permettant de tenir trois ans sans trop de difficultés.

 

L’espoir renaissait quelques jours après avec une face b Do The Damage à la mélodie anecdotique, mais qui dénotait une envie d’en découdre assez jouissive, avec une intro affolante, Waiting For The Man du Velvet en version saxophone (!), et justement un solo de saxophone assez surprenant mais paradoxalement très rock’n’roll dans l’esprit. Et ce break après l’imparable « But they can’t stop, he’s in love with you » avant que, forcément, ça s’enflamme de plus belle. Comme une deuxième jeunesse ? Mais si tout cela était vain finalement ? Comme U2 qui essayait de faire encore du rock avec un Vertigo forcé ? Car il est plus tout jeune le Nono ! Et s’il était temps de raccrocher ? It’s better to burn out than to fade away, comme il le chantait en 2000 à Wembley devant votre serviteur ?

 

Le deuxième single Ballad Of The Mighty I allait-il achever les quelques-uns qui y croyaient encore ? C’est grosso-modo ce qui s’est produit, une épidémie de crise d’urticaire létale ayant touché la grande majorité des amateurs français de la fratrie gallaghérienne, avec des « je revends ma place pour le Zenith » définitifs… Mais comme celui-ci est, forcément, toujours accompagné d’un maybe, il se pourrait qu’en fait, ce ne soit pas si simple…

 

Car ce single, loin de l’apocalypse annoncée – et vécue apparemment par certains – est au contraire un sacré tour de force. Le premier titre de disco mélancolique, où, sur un beat lourd et une ligne de basse hypnotique, il chante « I followed you down to the end of the world to wait outside your window. In the heat of the rain I will call your name but you just passed me by ». Mais chez l’ainé Gallagher, la pluie mancunienne est souvent suivie d’un(e) (espoir d’) éclaircie dans un refrain enivrant, fédérateur, euphorisant. Et c’est ainsi qu’après des ruptures de tons et changements d’accord audacieux, il hurle plein d’espoir, ou désespéré c’est selon, « Yes I’ll find youuuuu ». Vient ensuite ce solo aérien de Johnny Maar qui fait basculer définitivement le morceau dans l’exceptionnel. Avec ce titre enthousiasmant, Noel poursuit ce qui avait été entrepris dans les excellents Falling Down et (Aka) What A Life, en osant, vraiment, «leave it all behind », et en faire un single de feu, en ne s’interdisant rien, quitte à déstabiliser ses hardcore fans les plus réactionnaires, quitte à franchir la barrière du too much, du mauvais goût, avec, entre autres, cette démultiplication des échos sur le refrain.  Est-ce qu’on lui en voudra pour autant ? Non, car il y a plus que jamais cette sincérité qui a fait d’Oasis le plus grand groupe des années 90, car on sent qu’il se fait plaisir et nous avec du coup. Et puis on s’en fout, on assumera, on braillera « Yes I’ll find youuuuu » au Zenith (oui, car finalement, on n’a pas revendu sa place…)

 

Donc non, ce ne sera pas du dad rock, toujours pas de l’acoustique intimiste (ou pépère c’est selon), Noel ne vieillira pas. Pire, il va oser. Et s’il nous faisait son Bowie, lui qui a tant dit avoir apprécié son The Next Day ? Et voilà donc un argument (que l’on pourra juger de mauvaise foi et on aura raison) pour faire passer la pilule de In The Heat Of The Moment : ce sera son Let’s Dance, titre d’une vulgarité inouïe, mais que l’on ne peut pas s’empêcher d’aimer en cachette et, par la même occasion, pour filer la métaphore, The Mexican – titre le moins inspiré de la deuxième partie du disque, malgré quelques échos Queen Of The Stone Agiens un peu trop sagesson Modern Love.

 

Parce que le reste, c’est quand même le rêve.

 

Commençons par le classique, ce The Dying Of The Light d’exception, quintessence de la ballade gallaghérienne, heureusement, cette fois ci, mise en valeur par une production discrète – petites touches de piano et solo délicat - qui accompagne sa magnificence (et qui ne la sabote pas comme par exemple dans Sunday Morning Call ou, dans une moindre mesure, If I Had A Gun). Ce You Know We Can’t Go Back à l’urgence non feinte, qui rappelle Step Out, l’énervée Lock All The Doors, datant de 1993 et terminée pour l’album (!) sous forte perfusion de Be Here Now avec son mur du son si caractéristique (avec quelques réminissences de If I Had A Gun dans les couplets, mais chut, on n’a pas remarqué, c’est si so fucking good), la fluidité mélodique de la nostalgique While The Song Remains The Same. Et cet art tout gallaghérien de se réapproprier les classiques Hotel California, Stairway To Heaven, Bowie période Aladdin Sane (et mêmes les siens : The Masterplan), pour faire sonner comme lui seul sait le faire un The Girl With The X-Ray Eyes absolument irrésistible qui promet déjà d’être un single imparable.

 

Et, même lorsqu’il s’aventure sur des terrains plus risqués avec Ballad Of The Mighty I ou The Right Stuff dans lequel, sur une ligne de basse obsédante, guitare électrique et saxophone se livrent une lutte sans merci pour savoir qui gagnera le titre du meilleur solo, le tout avec une chanteuse de jazz (Joy Rose) qui chante à l’unisson avec Noel « You and I got the right stuff »- titre plutôt bien qualifié de space jazz par son auteur - il y a toujours ce petit quelque chose, cette ligne mélodique,  de familier – et ceci n’est dit sans aucun sous-entendu péjoratif – qui fait que, aussi périlleux et (un peu) expérimentaux soient-il, ces titres ne pourraient être que de lui.

 

Et que dire de ce Riverman, véritable sommet de l’album, qui, sur une ouverture là aussi en terrain familier (Wonderwall ?) s’envole avec ce refrain superbe (qui d’autre que lui aurait pu écrire « Find me the girl who electrified the storm » franchement ?) et quitte définitivement la terre avec un solo stratosphérique  (il y en a 9 dans le disque…) et reste en apesanteur sur un nuage avec un saxophone (décidemment) presque Floydien.

 

Alors bien sûr, éternel débat, quid des faces b (ah oui pardon, titres de l’édition deluxe, je vieillis…) qui-auraient-dû-être-sur-l’album ? Il n’a pas perdu ses bonnes habitudes, elles sont excellentes, oui toutes (bon aller non en fait, il y a un remix oubliable) même celle de l’édition japonaise, et il est certain que ce Freaky Teeth atomique (meilleur titre de toute sa carrière solo ?) aurait pu avantageusement remplacer ce mexicain ou ce feu de l’action… Mais – true perfection has to be imperfect ? - ça aurait fait trop non ?

 

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Arcade Fire – Reflektor

22 octobre 2013
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L’album est là dans une semaine, et pour l’instant, rien n’a filtré. En attendant, on ne se lasse pas d’écouter encore et encore ce single génial, allié à un clip génial. Le groupe qui a réussi, à l’instar de Radiohead dans les années 90, à réconcilier critique et public, a une fois de plus tout compris. Une orientation plus dansante cette fois-ci, mais toujours avec ce sens inné du crescendo, de la montée dramatique et de la mélodie qui tue. En bonus, Bowie qui passait par là, tranquille, la classe. Single de l’année, déjà, rien de moins. Et dans une semaine, album de l’année ? Les canadiens vont-ils enfin devenir le plus grand groupe du monde ? On ne souhaite que ça.

Beady Eye – BE

20 octobre 2013

La fête est finie ?

Beady Eye - BE dans Musique BE_Artwork

 

Comment survivre à Oasis ? Comment faire oublier cet aîné qui, non content d’avoir été son dictateur éclairé pendant tant d’années et d’y avoir mis fin, a envoyé le pourtant attachant à défaut d’être génial Different Gear Still Speeding aux oubliettes de l’histoire du rock avec l’immense succès de son effort solo, le génial Noel Gallagher ‘s High Flying Birds ? Il semblerait que ce soit impossible, même lorsque l’on s’appelle Liam Gallagher, que l’on possède ce charisme, ce magnétisme, cette voix qui ont fait, sans doute même encore plus que le songwritting de son frère d’ailleurs, d’Oasis the best fucking band in the world ?

L’auteur de ces lignes serait-il en phase aigüe de dépression pour tenir de tels propos sur celui qui a bercé son adolescence et qu’il continue de considérer, près de 20 ans après, comme la dernière vraie rock star ? S’est-il enfin rangé à cette condescendance polie et unanime envers le leader charismatique pour lequel il frissonnait à chaque entrée en scène ? Que l’on se rassure, si je reprends la plume, c’est bien pour défendre ce BE, mais aussi pour dire que la fête est finie. Car qui a entendu parler de ce disque ? Quelle promo en a été faite ? Une vague curiosité peut-être de la part de l’irréductible qui fréquente encore le rayon disques à la Fnac pour cette pochette ? Car Beady Eye aurait pu sortir un disque commercial à la Coldplay (l’affreux dernier album), qu’il n’y aurait pas eu plus de monde pour autant, pas moins non plus d’ailleurs – les quelques irréductibles fans seront encore là, quoi qu’il arrive, dans 40 ans – à leur pourtant très bon concert au festival Solidays en juin dernier, pas plus qu’il y aurait eu plus ou moins de passages en radio. Beady  Eye n’existe tout simplement pas en France. Et pas beaucoup plus ailleurs.

Au fond, écrire cet article ne servira probablement à rien. L’album est sorti en juin, il a dû s’en vendre 30 en France, le groupe jouant de malchance – le guitariste Gem Archer qui se casse à peu près tout ce qu’il est possible de casser sur un corps humain en l’espace de quelques semaines - qui a été forcé d’annuler les concerts, l’ incompétence inouïe dans le choix des singles. Donc c’est plié. On apercevra encore Liam en tribune des matchs de Manchester City, on se moquera de ses fringues Pretty Green, de son divorce et de ses 48 enfants illégitimes, on entendra encore Wonderwall parfois en fond sonore dans Confessions Intimes, et voilà. BE ? Connais pas ! Liam Gallagher ? Ah ouais la pub du Crédit Agricole ? Il chante encore lui ?

Bon, et si on écoutait le disque par curiosité ? Proposons-le au hasard à un rock critic éclairé, par exemple travaillant aux Inrockuptibles. Ecoutons sa réponse ! Bah-ouais-pourquoi-pas-qui-sait-il-y-aura-bien quelques-ersatz-sympathiques-des-Beatles ? Beady-Eye-c’est-comme-Oasis-qui-a-tout-copié-sur-les-Beatles-de-toutes-façons. Ah ouais coco, quelle chanson des Beatles ? Bah-le- début-de-Don’t Look Back In Anger-c’est-copié-sur-Imagin. C’est surtout un hommage, le reste de la chanson n’a rien à voir ! Sinon tu as un autre exemple ? Heu…

Au fond, soyons indulgents avec ce fin connaisseur et grand esthète du rock, qui, en bon journaliste de gauche, donc grand humaniste et proche du peuple, des prolos, avait écrit qu’Oasis était apprécié « par les amateurs de foot, de bière et de gros seins » Car, alors qu’Oasis avait fait sien 30 ans de rock anglais dans un style reconnaissable entre mille – et avec quel talent !– force était de constater que le premier opus de Beady Eye se limitait à un exercice de style sixties, réussi certes, mais loin des fulgurances passées, et, hormis quelques titres, un peu impersonnel, notamment dans sa production.

Justement, il va en être question de production. Car cette fois ci, Liam Gallagher, pourtant grand réactionnaire du rock à qui il ne fallait surtout pas parler d’éventuelles expérimentations ou autres touches électro chez Oasis, a accepté d’être bousculé dans ses certitudes par Dave Sitek (TV On The Radio) aux manettes. On craint le pire, imaginant une production cache misère, syndrome Coldplay.

Aller, on y va, courageux critique des Inrocks, ce n’est qu’un mauvais moment à passer ! Say what you believe ! Rythmique à la Waiting For The Man, plus épaisse, juste un peu trop lente, donc comme il faut (Supersonic ?), musique de péplum dégénéré en renfort. Un refrain ? Et pourquoi ça ? Et sa voix. Encore et toujours. C’était Flick Of The Finger, le single teaser, et entrée en matière du disque. Entêtant, sacrément (trop) gonflé. Quand je vous parlais de l’incompétence dans le choix des singles… Car il y a aussi du radio frendly dans ce BE : les imparables I’m Just Sayin’ et Iz Rite, dignes des faces b de l’âge d’or d’Oasis, le genre de titre euphorisant, celui qui vous fait vous sentir plus fort, coincé dans le RER E à 7h du mat le casque sur les oreilles. Mais non. Peut-être le deuxième single alors ? Second Bite Of The Apple. Mélodie à peine accrocheuse, dans le style Shakermaker, relevée par une production là encore inattendue, qui fait la part belle aux instruments à vent. Deux titres réussis, ambitieux, en parfaite cohérence, deux suicides commerciaux. Liam Gallagher aurait-il des velléités artistiques ? Notre ami des Inrocks a déjà quitté la pièce, il ne supporte pas. C’est décidé, il ne parlera pas de ce disque dans ses colonnes, il serait obligé d’en dire du bien. Car entre les deux, il y a eu Soul Love, véritable pierre angulaire du disque, en apesanteur, à la fois douce et menaçante, Let There Be Love qui aurait eu un enfant illégitime avec Love Burns de BRMC.

Il y a, dans ce BE, une ambition, pas celle d’un petit malin épate-critique, une ambition Gallagherienne honnête jusque dans ses entrailles, mais dopée par Dave Sitek, grand architecte de l’ombre, qui les a convaincus à s’autoriser à avoir une vision artistique, jusque dans les titres faussement mainstream : I’m Just Sayin’, Iz Rite, et la ballade Start Anew  – qui aurait pu n’être que du sous-Robbie Williamset sa reverb électrisante qui clôture superbement l’album. Partout, le disque fourmille de trouvailles épatantes : le clap-clap de Face The Crowd, le dépouillement du superbe Ballroom Figured, véritable choix artistique radical, les effets psychés qui font décoller l’acoustique et émouvant Don’t Brother Me, l’intro et le middle 8 de Shine A Light façon musique de film.

Signe évident de cette discipline artistique, les titres les plus accrocheurs (les titres bonus, tous excellents, et à découvrir eux aussi de toute urgence, y compris ceux de l’édition japonaise) n’ont pas été intégrés au onze de départ, sans doute par souci de cohérence dans l’ambiance du disque.

Mais tout cela ne serait rien s’il n’y avait pas de vraies bonnes chansons, le superbe et aérien Soon Come Tomorrow en tête. En ce sens, BE, n’est pas un disque de producteur, il est le fruit de la synergie entre un producteur de talent et un vrai nouveau groupe, apaisé et ambitieux, débarrassé du poids des stades à remplir, qui s’est construit à nouveau une identité. La fête est finie pour Liam Gallagher ? Oui, mais la gueule de bois lui va sacrément bien.

Noel Gallagher’s High Flying Birds

29 octobre 2011

Stunned that something so simple can be so good

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Août 2009, Saint-Cloud, festival Rock-En-Seine. Une ultime dispute backstage des plus célèbres frères monosourcilleux et l’auteur de ces lignes assiste médusé en direct à l’explosion d’un des groupes majeurs des années 90. La machine Oasis est-elle définitivement hors-service ? Disloquée plutôt.

A ma gauche, Oasis minus l’aîné de la fratrie Gallagher. On garde 80% d’Oasis donc, renommé pour l’occasion Beady Eye. Seul problème, on lui a coupé la tête: le compositeur de tous les grands titres du groupe. Un album honnête tout de même, comportant une poignée de bons titres (The Roller, Four Letter Word, The Beat Goes On, For Anyone), le reste sentant un peu trop l’exercice de style sixties pas désagréable mais limité. L’ensemble est heureusement sauvé de l’anecdotique par la voix inimitable du Kid.

A partir de 2002, après des années d’une dictature éclairée par l’aîné, Noel, il avait fallu, pour assurer la pérennité du groupe, ménager les susceptibilités des Liam, Andy Bell, Gem Archer et leur ouvrir l’exercice du songwritting. Et passer une sorte d’accord tacite: 50% du songwritting laissé aux « autres », avec une qualité inégale, Noel s’en gardant tout de même la moitié mais chantant les meilleurs titres. Cette nouvelle donne, après un passage à vide et deux albums seulement convenables au début des années 2000, avait réussi à nous offrir deux beaux disques Don’t Believe The Truth (2005) et Dig Out Your Soul (2008) et avait permis à Oasis de sortir par la grande porte. Bien que très réussi, chacune de ces galettes donnait l’impression d’écouter à chaque fois deux albums distincts: un premier convenable chanté par Liam, un second, excellent, chanté par Noel, avec l’inévitable regret de se demander ce qu’auraient donné des titres comme Mucky Fingers ou Waiting For The Rapture chantés par le cadet…

A ma droite maintenant. The Chief. En solo. Alone On The Rope. Même si le talent d’Oasis, c’est lui, force est de constater que l’alchimie d’Oasis se faisait avant tout grâce, certes, à ses compositions fédératrices mais alliées à la voix charismatique de son terrible frangin. Restait donc, pour l’exercice délicat de l’album solo, la solution faces b acoustiques des années 95/96 chantées par Noel, où il jetait des chefs d’œuvre cachés derrière les singles: Take Me Away, Talk Tonight, The Masterplan, Half The World Away… Noel allait donc nous faire son album solo intimiste que tout bon fan d’Oasis abreuvé aux singles de l’âge d’or du groupe fantasmait. La preuve: les titres If I Had A Gun et Everybody’s On The Run joués lors d’un soundcheck de l’ultime tournée d’Oasis, la première, croisement entre Wonderwall et Take Me Away et la seconde, sorte de One Way Road matinée de touches Neil Young. Acoustique et intimiste donc. Et puis à 45 ans, c’est bien l’acoustique, c’est moins fatigant pour les tournées.

On commence ce Noel Gallagher’s High Flying Birds justement par Everybody’s On The Run. Des bruits de studio, une toux réminiscente de Cigarettes And Alcohol, et là boum, surpise ! Orchestre, chœurs, batterie. Et la voix, conquérante, attaque, et nous prend aux tripes « When you can’t fight the feeeeeeliiinnnggg… » Noel a d’abord travaillé en solo sur son album pour ensuite l’envoyer au mixage au fidèle Dave Sardy, responsable des deux derniers opus d’Oasis. Réaction de ce dernier « tes démos sont great, mais je vais les faire sonner comme si tu étais un groupe ». Donc non, désolé, l’acoustique pépère, ça ne sera pas pour cette fois-ci. On met les petits plats dans les grands, on sort l’artillerie lourde, on envoie la sauce et on voit les choses en grand. Choix payant: le titre devient un véritable hymne pop grandiose, porté par une production cinématographique et son côté presque Ennio Morricone. « Hang in there love ! » hurle-t-il dans le refrain comme si sa vie en dépendait. Quelle entrée en matière !
On continue avec Dream On, petite pepite pop parfaite à la mélodie plus-accrocheuse-que-ça-tu-meurs, où les « bitch keep bichin’ and all ». Les cuivres y sont du plus bel effet. Pêché mignon de Noel: elle est un poil trop longue. Parfaite donc, je vous dis.
Bon, il a décidé de nous impressionner en ce début d’album c’est clair. On retrouve notre amie If I Had A Gun. Mélodie Gallaghérienne délicate et aérienne, love-song à la Wonderwall, mais là encore, pas question d’acoustique. Et, si ce choix peut sembler décevant vu la délicatesse de la mélodie, les guitares électriques et la batterie donnent une ampleur incroyable à un refrain d’une sublime limpidité, avec des réminiscences, d’une des plus belles chansons d’Oasis, Slide Away.

On continue le voyage avec le premier single The Death Of You And Me. Ambiance laid back, « summer in the city » et là encore, la mélodie rentre immédiatement dans l’âme de l’auditeur pour ne plus le lâcher. Cela parait si simple de faire une telle chanson, tellement tout coule de source. On lui a toujours reproché l’apparente simplicité de ses mélodies, si tel est le cas, pourquoi personne d’autre ne sort de titre de ce calibre ? L’assaisonnement est parfaitement réussi. La production vient là ajouter son petit grain de sel, avec un pont très cuivré, joyeux et délicieusement pop.

On ressort les vieux dossiers. Le meilleur titre de chanson au monde: (I Want To Live In A Dream In My) Record Machine. Bien connue depuis plusieurs années grâce à la démo prometteuse qui trainait sur le net depuis 2008 qu’Oasis n’avait jamais terminée, ce titre a subi un sacré lifting: on retrouve la production blockbuster du début de l’album avec cordes et chorale qui soulève le refrain. Cela pourrait être pompier, vulgaire, mais c’est totalement assumé et colle parfaitement à l’ambiance épique du titre. Tout juste pourra-t-on reprocher un mixage un tantinet discret de la voix de Noel sur le middle 8.

Changement d’ambiance pour AKA…What A Life: boucle de piano dance, rythme hypnotique, basse monstrueuse qui fore nos tympans. Noel rend hommage à la dance anglaise du début des années 90. Et réussi le tour de force de claquer un tube monstrueux en nous proposant le premier morceau de dance fm psychédélique, sur lequel on sera ravi de danser ivre mort à 4h du matin.

Soldier Boys And Jesus Freaks continue à explorer les terres découvertes sur Dream On et The Death Of You And Me et ses ambiances cuivres, presque New Orleans. Le titre sonne très Kinks, mais même si la référence est visible, et assumée, Noel nous sort un grand titre très personnel. Et réussi ce qui a fait le succès des plus grandes chansons d’Oasis: se réapproprier dans un style finalement bien à lui plusieurs décennies de rock anglais.

Pour l’instant, c’est le sans-faute. 7/7. Carton plein. Normalement, à ce stade là, les artistes se permettent de balancer, mine de rien, un ou deux fonds de tiroir dans cette partie de l’album. L’auditeur cynique, épuisé par l’intensité de ce qui précède, habitué aux albums actuels et leur pourcentage règlementaire de 60% de remplissage pense donc que AKA…Broken Arrow et (Stranded On) The Wrong Beach et leurs titres pas très engageants sont de cette trempe, avant un final qu’il espère tout de même grandiose.

AKA…Broken Arrow ressemble à Part Of The Queue au premier abord avec son rythme dansant et le même Lenny Castro aux percussions. Mais alors que cette dernière, sympathique laissait un goût d’inachevé à cause d’un refrain en retrait, ici la mélodie presque Smithienne des couplets est couplée à un refrain tubesque et imparable. (Stranded On) The Wrong Beach est le seul titre rock du disque. En disant cela, on craint un pub-rock balourd à la Force Of Nature ou Little By Little , la face la moins glorieuse du songwritting de Noel. En réalité ce titre est tout l’inverse: d’une grande élégance, racé et sexy. On commence avec des bruits curieux de verres à vin musicaux (!) puis un rythme glam accompagné d’un chant détaché presque je-m’en-foutiste de Noel dans un refrain qui groove sévère « my baby bye bye »

On a fait semblant de ne pas la voir sur la tracklist. Par superstition qu’arrivé à la dernière plage, elle disparaisse comme elle avait disparue de Don’t Believe The Truth au dernier moment. Non, non, elle est bien là. Et en dessert, s’il vous plait. Stop The Clocks. Noel n’avait jamais réussi à enregistrer une version qui le satisfasse complètement. Et effectivement, la version démo, même si elle laissait deviner le potentiel du titre, était assez monocorde et a été pour beaucoup une grande déception au regard des attentes qu’elle avait suscitée.
Dans ce final, Noel, tout en gardant la même structure du titre et son aspect répétitif, a fait ce qu’il fallait: donner au morceau une progression dramatique, faire monter la pression, gagner petit à petit en intensité avec tout l’arsenal production 4 étoiles à sa disposition. Jusqu’à l’orgasme final, l’orgie sonore d’une minute qui laisse, après 40 minutes délicieuses, l’auditeur sans voix.

L’année cinéma 2008

28 décembre 2008

02h50, un papier, un stylo. La liste de tous les films à qui j’ai mis entre 9 et 10 en 2008. Un premier classement, d’un jet. Le bon. One shot ! Et je n’ai pas triché, pas d’ex-aequo dans mon classement !

 

01. L'année cinéma 2008 dans Cinema 01

Two Lovers

Le sentiment amoureux dans toute sa vérité, réalisé par l’immense James Gray, incarné par un Joaquim Phoenix en état de grâce. Le mot chef-d’oeuvre n’a jamais été aussi bien approprié.

 

02. valse_avec_bachir_3 dans Cinema

Valse Avec Bachir

Ou comment parler de la guerre dans un film d’animation. L’alliage parfait entre le fond humaniste et la forme, à la beauté graphique subjugante et onirique.

 

03. no_country_for_old_men_movie_image_javier_bardem

No Country For Old Men

Les frères Coen au sommet du 7ème art, dans un genre mineur, le polar. Humour à froid et réalisation virtuose comme toujours, et une profondeur presque philosophique inhabituelle. Leur plus grand film.

 

04. the-visitor-the-visitor-01-10-2008-11-04-2008-3-g

The Visitor

Film politique sur la situation des immigrés clandestins aux Etats-Unis mais surtout l’histoire d’une renaissance, d’un retour à la vie, formidablement scénarisé, avec simplicité, pudeur et une humanité immense.

 

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There Will Be Blood

P.T. Anderson a le talent de ses ambitions: immense. Fresque de près de 3 heures sur le capitalisme, la paternité, la religion avec en trame de fond le pétrole. Virtuose, immensément intelligent, un souffle épique rare. Grand film.  

 

06. h_4_ill_1074652_premier-jour-vie-bis

Le Premier Jour du Reste de ta Vie

Cinq instants clé de la vie d’une famille. Le meilleur du cinéma français. Sensibilité, justesse de ton, acteurs au diapason. En bonus, Perfect Day de Lou Reed en BOF dans une scène boulversante. Le sans-faute.

 

07. h_4_ill_1041745_entre-murs

Entre Les Murs

Aspect faussement documentaire, comédiens confondants de naturel, mais vrai film de cinéma sur l’école. L’Education Nationale a enfin son film de référence: sans complaisance, sans passéïsme vain, critique et utile.

 

08. 18951888

Rien que pour vos Cheveux

Le conflit israello-palestinien dans un film en dessous de la ceinture ? Oui, c’est possible. C’est même un des films les plus drôles de ces 5 dernières années et aussi un des plus pertinents.

 

09. rec

Rec

L’aboutissement du concept du Projet Blair Witch, exploité avec une intelligence rare dans ce film espagnol qui fout VRAIMENT la trouille. Le genre à vous provoquer un infractus pendant la projection et des cauchemars pendant la semaine qui suit. Et une réflexion intelligente sur la téléréalité. Film de genre, mais vrai film de cinéma.

 

10.  1201373733_didine_scob

Didine

Enième film sur les trentenaires-qui-ne-s’engagent pas ? Oui, mais un bon, un excellent film. A 35 ans, Didine (surnom de Géraldine) fait preuve d’une indifférence rare en ce qui concerne sa vie amoureuse. Jusqu’au jour où, après moults hésitations et doutes, elle se décide à vivre. Thème classique, mais avec un ton décalé, une écriture pleine de fantaisie. Un film qui sonne incroyablement juste.

Australia

28 décembre 2008

Un film de Baz Luhrmann avec Nicole Kidman, Hugh Jackman, David Wenham

Australia dans Cinema australia2

Grosse production hollywoodienne dégoulinante ou mélo à l’ancienne flamboyant ?

Avec Baz Luhrmann, ça passe – Moulin Rouge - ou ça casse – Roméo + Juliette – , son style pompeux ou flamboyant, c’est selon, pouvant horripiler ou séduire. En tous les cas, le réalisateur australien ne laisse personne indifférent, signe d’un talent certain. D’Australie, c’est justement ce dont il est question dans son nouveau film, une immense fresque romanesque de 2h40, qui se veut ni plus ni moins que le Autant en Emporte le Vent de son auteur version boomerang. Hélas, pendant son premier tiers, le film peine comme pas possible, l’impression de se retrouver devant un téléfilm de luxe est tenace: la narration déja, racontée par l’enfant du film – petit métisse mi-blanc mi-arborigène – donne un aspect un peu cul-cul au film, et une mise en place des personnages un peu poussive et un rien longuette. Et puis le style terne de la mise en scène. Où est passé le Baz Luhrmann de Moulin Rouge ? Puis, petit à petit, le film prend forme, l’intensité dramatique allant crescendo grâce à quelques belles scènes de bravourre à la réalisation qui se fait de plus en plus audacieuse à mesure qu’avance le film – l’escorte des bovins dans l’Outback – une histoire d’amour hyper-classique mais racontée avec ce charme surrané des grandes fresques hollywoodiennes et interprété avec talent par la grande et le futur grand Nicole Kidman et Hugh Jackman, et des paysages australiens à couper le souffle filmés en grand-large réellement impressionnants. Mais le réalisateur a une ambition bien réelle, celle de raconter l’histoire de son pays sans en oublier les aspects les moins glorieux: le sort réservé aux arborigènes. Assez habilement, il parvient à intégrer cette page hsitorique à son film  par le biais de l’enfant métisse et son grand-père, sage un peu magicien. Cela pourrait être un gadget exotico-politiquement-correct-bonne conscience; chez Baz Luhrmann c’est original et touchant. Miracle, on se surprend à ne pas avoir regardé sa montre une seule fois en deux heures ! Arrive alors le long dénouement avec ses scènes de guerres, et on se dit que le réalisateur a oublié d’être bête: il a gardé le meilleur pour la fin de son film au souffle romanesque indemniable et à l’émotion franche, honnête et intelligente – le Somewhere Over The Rainbow à l’harminica pour une des scènes finales produit son petit effet – qui fait que vous pourrez verser votre petite larme sans honte, bien contents d’avoir passé 2h40 de vrai cinoche. 7/10

L’année musicale 2008

26 décembre 2008

Comme l’an dernier, j’ai triché. J’ai mis des ex-aequo afin d’obtenir un faux mais un beau top 10 des albums de l’année 2008. La moitié d’entre-eux sont des découvertes de fin d’année, dans les tous derniers jours. Il était temps. Mais il n’est jamais trop tard pour bien faire…

01. L'année musicale 2008 dans Musique oasis-dig-out-your-soul

Oasis – Dig Out Your Soul

S’il m’est parfois arrivé par pure mauvaise foi de mettre un album d’Oasis n°1 de mon top 10 de l’année, cette année mon choix est objectif (mais si !), raisonné mais aussi passionné. Car Dig Out Your Soul est complexe, sinueux et puissant. Une éclatante réussite. Le disque d’Oasis dont on n’osait rêver.  

 

02. 0886973273920 dans Musique

Glasvegas – Glasvegas

La découverte de dernière minute de l’année 2008, sur le gong, qui vient chatouiller le sixième doigt de pied de Liam Gallagher. Uniquement disponible en import en France, premier album d’un groupe écossais savant mélange entre Jesus And The Mary Chains, The Raveonettes, Kasabian et The Veils. Mélodies héroïques, réverb’ grisante, textes poignants et un excellent chanteur. Un groupe qui ne triche pas. Et deux singles de feu: Josephine et Daddy’s Gone.

 

03. (ex-aequo) 

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Christophe – Aimer Ce Que Nous Sommes

L’enigmatique Christophe nous livre un album-ovni destabilisant. Une richesse musicale et poétique inouïe. Le romantisme déchanté et les envolées lyriques de l’album ne se livreront que petit à petit aux patients, aux esthètes. Comme avec le grand amour, le disque gardera toujours sa part de mystère, ce qui fait qu’on y reviendra toujours avec délice.

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Spiritualized – Songs In A&E

Le monde Spiritualized est bien étrange. Il est peuplé de folk, de psychédélisme et de gospel avec des harmonies vocales qui vous hérissent le poil. Parfois, le Velvet vient même faire un tour dans le coin. Un voyage qui fait flotter en apesanteur l’auditeur, voluptueux et caressant.

 

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 MGMT – Oracular Spectacular

Top branchouille, les Inrocks ont adoré le premier album de MGMT. A juste titre pour une fois. Influences par milliers, mais sans exercice de style. Le tout est mis dans un shaker, mixé, bidouillé, remis à l’envers, à l’endroit. Le résultat est le premier vrai disque psychédélique moderne.

 

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Fleet Foxes – Fleet Foxes

Un premier album d’un quinquet de Seattle sorti de nulle part. Une odyssée néo-folk géniale, colorée et lumineuse, aux envolées harmoniques pures comme le diamant.

 

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Duffy – Rockferry

Une blondinette blanche gagnante de Pop Idol qui tente son revival soul. L’auteur de ces lignes a-t-il perdu la tête ? Peut-être, sauf qu’un ex-Clash est aux manettes et que les 10 titres sont d’excellentes chansons pop, parfaitement ciselées d’une efficacité redoutable. Une gourmandise irrésistible. C’est un accident, un malentendu, un travail de requins de studio ? Même pas, le nouvel EP Rain On Your Parade confirme. C’est une tuerie.

 

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Sebastien Tellier – Sexuality

2008, l’Odyssée du Sexe par le looser magnifique du concours de l’Eurovision et son single Divine. Revival années 80 ultra-ringard foutage de gueule ou album-concept électro génial ? Entre les deux, impossible de trancher. Mais on ne peut s’empêcher de réécouter la galette.

 

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Adam Green – Sixes and Seven

Cinquième chapitre de l’histoire du génial Léonard Cohen version-comique-alcoolo qui enrichit sa formule de sonorités inattendues. Les mélodies sont toujours d’une immédiate évidence confondante. Son talent est décidemment d’une insolence rare.

 

09. (ex-aequo)

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The Tings Tings – We Started Nothing

Duo britannique électro-pop-rock et son hit ultime Shut Up And Let Me Go. Gadget sympatoche de la critique branchouille aux bricolages sonores Beck-du-pauvre ? Non, album tonitruant, irrésistiblement dansant, 10 singles en puissance.

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Francis Cabrel – Des Roses et des Orties

Infatigable le Francis. Allez, on avoue, le disque faiblit un peu sur la fin et ses reprises peu inspirées. Aurait-il volé sa place dans mon top 10 pour d’obscures raisons ? Non, car les 9 premiers titres constituent son meilleur album. La plume est de grande classe: aérienne et intelligemment engagée. Et musicalement, c’est à l’image du bonhomme: sobrement et subtilement arrangé.

 

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The Killers – Days And Age

Les Killers se foutent du bon goût. Aux critiques qui leur reprochent leur son criard eighties, les Killers ont trouvé la réponse: On enfonce le clou et vous emmerde. Ils peuvent se le permettre. Leur came en provenance de Las-Vegas est de qualité: ils ont des chansons, et de sacrément bonnes.

 

 

 

Two Lovers

24 décembre 2008

Un film de James Gray avec Joaquim Phoenix, Gwyneth Paltrow, Vinessa Shaw, Isabella Rosselini

Two Lovers dans Cinema two_lovers

Maybe, you’re gonna be the one that saves me ?

On le pressentait déja avec La Nuit Nous Appartient et The Yards. James Gray allait un jour nous sortir son chef d’oeuvre, après 3 excellents films imparfaits. Allait-on se tromper ?

Disons-le tout de suite: oui Two Lovers est un chef d’oeuvre. Mais pas celui que l’on attendait, ce qui le rend encore plus estimable. Car les précédents films du réalisateurs traitaient du même sujet, celui de la pègre, cette matière première scénaristique servant d’alibi pour nous parler de ce qui l’intéresse vraiment: la famille. Ici, changement de thème. Comme l’indique son titre, c’est bien d’amour dont il va nous parler. Pas d’un amour anémié, non, du grand amour, celui qui exalte, celui qui anihile tout le reste.

A priori, rien de commun avec les autres films du réalisateur. Mais Two Lovers est-il pour autant si différent de ses prédécesseurs ? Pas si sûr. On retrouve déja le décor familier de New-York et de son quartier populaire d’Odessa au bord de mer, magnifié par la caméra. Mais surtout, on retrouve l’obsession du réalisateur pour la famille, entre cocon protecteur et carcan. Leonard est en effet un trentenaire dépressif, aux multiples tentatives de suicide, qui sort d’une déception amoureuse destructrice. Il vit chez ses parents qui sont aux petits soins pour lui et qui vont lui présenter la femme idéale, jolie, douce, protectrice et qui a le bon goût d’être folle de lui. Mais l’amour a ses raisons que la raison ignore et notre héros va tomber éperdument amoureux de sa voisine, fragile, inconstante et insaisissable.

James Gray sait filmer, on le sait. Mais on ne le savait pas capable de filmer avec une telle justesse, une telle sensibilité l’amour dans ce qu’il a de plus instinctif, de plus primal, de plus triste aussi:  la première relation sexuelle qui touche à l’absolu, l’attente fébrile d’un SMS qui ne vient pas… Mais contrairement au cynisme ambiant sur les relations amoureuses, Woody Allen en tête, James Gray ne juge pas son personnage principal. Il ne cherche ni à magnifier, ni à dénigrer l’amour. Il le montre tel quel, brut, vrai, conforme à ce qu’il est intrinsèquement. Quelque chose d’instinctif, qui nous dépasse et contre lequel on ne peut rien. Quelque chose qui peut être destructeur, mais également la seule chose qui, pour paraphraser Noel Gallagher, peut nous sauver.

Two Lovers est, on l’aura compris, un grand film, mais qui ne serait rien sans ses acteurs, véritable carburant du film, qui dopent sa force émotionnelle. Une fois n’est pas coutume commençons par les seconds rôles. Isabella Rosselini, mère aimante qui comprend entre les lignes de son instable de fils, est boulversante, notamment dans une des dernières scènes du film toute en non-dit absolument remarquable. Dans le rôle de la brune protectrice, Vinessa Shaw, toute en douceur et délicatesse, incarne une femme amoureuse qui a l’intelligence de faire preuve de patience avec l’homme fragile qu’elle aime. Vient la blonde instable, à fleur de peau, toxique, interprêtée par une Gwyneth Paltrow toute en subtilité que l’on attendait pas dans ce registre et qui trouve enfin ici son grand rôle. Last but not least, Joaquim Phoenix, impressionnant. Pour citer le magazine Première, qui résume assez bien les choses, « il est le seul acteur qui joue bien de dos » ! Dire qu’il est immense relèverait de l’euphémisme. Il est le film. Tout autre commentaire serait inutile. La perfection est atteinte non pas lorsque plus rien n’est à ajouter mais lorsque plus rien n’est à retirer. Le jeu de ce grand acteur est parfait. Le fait qu’il n’obtienne pas d’Oscar serait une véritable faute de goût.

On se souviendra du mois de novembre 2008 pour son froid, sa tristesse propre à tout mois de novembre, mais également comme le mois pendant lequel est sorti sans doute le plus beau film américain de ces dernières années. Celui qui aura su capter et retranscrire l’essentiel : l’amour dans toute sa vérité.

10/10

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